Vers un nouveau boom de l’entraînement cérébral

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Ce qu’on appelle aux Etats-Unis Brain Games est un phénomène déjà relativement ancien. Nintendo avait pris sur ce segment de marché une position de leader, avec des jeux délibérément tournés vers le grand public.

Mais, nous dit le dernier numéro de Cerveau & Psycho, se développe aux US ce qu’on pourrait appeler un revival des jeux « d’entraînement cérébral ». Qui pourraient donc connaître un retour d’estime sur nos territoires, étant entendu que ce qui marche « là-bas », finit tôt ou tard par marcher ici, sauf rares exceptions.

En même temps qu’augmente notre espérance de vie, la crainte de la sénilité, de tout ce qui rôde autour du nom d’Alzheimer, se fait plus présente, plus insistante. A l’inverse des générations qui nous ont précédés, nous découvrons qu’il faut soigner, exercer, entretenir son cerveau comme on le fait –ou devrait le faire- de ses muscles et de ses différents systèmes corporels.

Arrivent donc ces nouveaux jeux préventifs. Et des sites, payants, vous promettent d’entraîner vos capacités cérébrales, de prévenir ou ralentir la sénescence. Mais pour quels résultats réels ?

En janvier 2016, nous apprend Cerveau & Psycho, la Fédéral Trade Commission a condamné « le leader mondial des jeux d’entraînement cognitif, Lumosity, à verser 2 millions de dollars pour publicité mensongère ». Et de nombreux scientifiques ont affirmé que si l’on pouvait constater des augmentations de performances dans l’univers virtuel des jeux eux-mêmes, ces améliorations n’étaient suivies d’aucun effet réel dans la vraie vie ».

Il semble bien, explique Dan Hurley, journaliste spécialisé en neurosciences, que la réalité soit bien plus complexe. De nombreuses autres études démontrent effectivement un impact positif et mesurable qui ralentit « le vieillissement cognitif normal » chez les seniors, diminuant par exemple de 50% les risques d’accident de la route chez les personnes agées ; d’autres études soulignant l’amélioration de la mémoire de travail chez des enfants cancéreux en cours de rémission, ou chez d’autres atteints de déficits d’attention. Les bienfaits thérapeutiques de ces jeux d’entrainement cérébral viennent ici s’ajouter à ceux des traitements.

L’article de Cerveau & Psycho (n°78, juin 2016) souligne de nombreux autres bienfaits : baisse des risques de dépression, amélioration des relations sociales et des capacités à reconnaitre les visages chez des patients schizophrènes, ou bienfaits constatés chez d’autres, autistes, parkinsoniens, enfants trisomiques.

Tout est donc affaire de mesure : l’argument marketing qui proposerait de rendre génial l’individu standard via des jeux d’entraînement est évidemment absurde. C’est ici la promesse irraisonnée qu’il faut condamner, en aucun cas le bénéfice réel et mesurable dans un nombre croissant de situations examinées scientifiquement.