Serious Game : une révolution en marche ?

Le fait d’apprendre grâce aux jeux vidéo (serious game) était pour l’essentiel réservé aux seuls collaborateurs de grands groupes. Un luxe réservé aux très grandes organisations de la place, publiques ou privées.

Mais qu’on se le dise, les salariés de TPE ou PME pourront bientôt accéder à ces méthodes reposant sur les dernières découvertes des neurosciences. Manzalab veut rendre le serious game accessible à toutes les entreprises : TPE, PME, grands groupes.

Clément Merville, Président bien-aimé de l’équipe espère ainsi bouleverser – positivement – le champ de la formation professionnelle continue.

Hervé Resse : Clément, lorsque tu prétends qu’en entreprise, on peut apprendre en s’amusant, es-tu « pris au sérieux » ?

Clément Merville : J’espère bien ! Un serious game, c’est un jeu vidéo de formation qui va permettre au joueur, salarié, manager, d’acquérir des compétences ou connaissances nouvelles. Pour que la démarche pédagogique soit indiscutable, chaque jeu est conçu, puis validé, en collaboration constante avec les chercheurs en neurosciences.  Dès qu’on a créé Manzalab, en 2010, l’objectif était d’associer deux expertises : celles des plus grands chercheurs en neurosciences, et les nôtres. Toute l’équipe technique vient de l’univers du jeu de divertissement. Et on a voulu affirmer un credo : « apprendre durablement, en y prenant plaisir ».

HR : commençons par ce dernier mot, pour ceux qui découvrent cet univers. Apprendre par le jeu vidéo, n’est-ce pas stressant, au contraire ?

CM : C’est l’inverse ! Car le joueur n’est pas observé, ni jugé par ses pairs. Dans une formation en présentiel, on sait que le groupe va se diviser en deux : ceux qui attendent avec impatience le moment du jeu de rôles, où tu passes de la théorie à la mise en pratique ; et ceux qui, timides ou introvertis, redoutent ce passage. Or on constate que face à son écran et son clavier, la crainte s’efface : on a tout le temps nécessaire pour apprendre, y compris de ses erreurs… Et sans être jugé.

HR : … Admettons ! Quels types de jeux propose Manzalab ?

CM : certains de nos produits se destinent aux managers : préparation à l’entretien annuel et – production plus récente – à l’entretien professionnel. Nous créons aussi des produits à destination des commerciaux (formation à la négociation). Nous avons aussi en projet un serious game qui traitera des RPS (Risques Psycho Sociaux). Le champ d’application est infini…

HR : Manzalab veut faire entrer les « serious game » dans les mœurs quotidiennes des services RH et formation. Bonjour l’utopie ?
CM : Cela n’a rien d’une utopie, les potentiels sont déjà clairement prouvés ! Il y a d’abord eu l’étape « Learning », apprendre. L’approche était franchement passive. Puis est venue la phase « Training », s’entraîner. Le joueur est déjà plus actif, et tout montre qu’il progresse plus vite et mieux. Nous mettons l’accent sur la troisième phase, que nous appelons l’« Experiencing » : vivre une expérience professionnelle, réelle ou virtuelle. La nouvelle génération de jeux permet de tester des hypothèses. Elle permet de se tromper, et donc de s’améliorer peu à peu, puisque l’erreur est la base même de l’apprentissage, ce qu’oublient trop souvent les enseignants.
Notre démarche est tout à fait cohérente avec les processus d’apprentissage, tels que nous les avons déjà présentés. Notre objectif a toujours été de faire entrer ces nouvelles méthodes de formation dans tout type d’organisation, TPE comprises. Et nous sommes entrés dans cette démarche.
HR : Donc, tu veux démocratiser le serious game… Comment?
CM : Nous mettons en place un modèle économique innovant et abordable. Nous concluons un partenariat avec l’AFDAS, qui est l’OPCA des agences de communication, de l’audiovisuel et des métiers du spectacle. Elle va proposer à ses adhérents notre module sur l’entretien professionnel. L’entreprise intéressée achètera une ou plusieurs licences annuelles. Chaque salarié destinataire en aura un usage illimité. Ceci est essentiel, puisqu’un des piliers de l’apprentissage est la nécessité d’apprendre à son rythme, et de revenir sur ses erreurs.
HR : : Quel sera le coût pour l’entreprise ?
CM : L’OPCA prend en charge les licences dans le cadre de son budget annuel. Pour l’entreprise, les 50€ de coût annuel de licence sont entièrement pris en charge. Nous sommes heureux d’avancer avec l’AFDAS sur cette approche. Dans un premier temps, elle sera destinée aux Agences de communication, et s’étendra très vite, nous l’espérons, à d’autres branches professionnelles.